, le plus près possible du tag d’ouverture. Date de création : 02/10/2011 -->

« Trop d’hygiène 
tue l’hygiène | Page d'accueil | Ces microbes qui nous veulent du bien »

15:4119/01/2015MOOD

Trop d’hygiène 
tue l’hygiène

psycho,hygiène,bien-être,contraintes,propreté,odeurs,sexualité,experts,médecins,psychanalyse

Prendre soin de soi, c’est un plaisir. Le rituel du bain, la mousse parfumée, les huiles essentielles… mais quand l’inquiétude domine et que les “réflexes propreté” se multiplient, on n’est plus dans le bien-être mais dans la contrainte. Par Valérie Rodrigue.


Une peau qui sent le savon, une chevelure qui fleure bon le shampooing… rien de plus agréable pour soi-même et les autres. Nous l’avons appris tôt dans l’enfance : « il ne faut pas se salir », « une jolie fille est une fille soignée »… Certaines ont appliqué la consigne à la lettre, au point de verser dans des travers hygiénistes qui confinent à l’obsession.

 

Un idéal de pureté 
et de perfection

 

On nous serine des messages à peine subliminaux : il nous faut du plus blanc que blanc pour la lessive, du plus fleuri qu’un jardin pour faire mousser le bain… Toujours plus clean, donc toujours plus que parfaite. Il suffit d’avoir une estime de soi un peu fragile, un rapport à la féminité compliqué pour être sensible à cet idéal social de pureté angélique. Alors, tout ce qui peut nous rappeler le cycle de la vie, les humeurs naturelles, les années qui passent, doit être enseveli sous des décapants et des fragrances sublimes.

Pour Jean-Charles Bouchoux, psychanalyste (1) : « La phobie des odeurs masque en réalité une peur de la vie et de la sexualité. C’est aussi le signe d’une hostilité, d’une misanthropie. Quand on n’aime pas quelqu’un, on dit volontiers qu’on ne peut pas “le sentir”. » Et le message de pureté vise toujours les femmes. Maryvonne Leclère (2), psychologue clinicienne, enseignante et membre de l’AFTCC (3), parle de « culpabilité originelle » : « On frotte, on lave pour conjurer une angoisse. On se sent coupables à l’idée d’être contaminées et de contaminer les autres. » Comme on vit dans une société hygiéniste, l’angoisse se porte sur la maladie, la nécessité de désinfecter.

Il s’agit de l’angoisse de mal faire, d’être accusées ­d’indisposer les autres ou de leur causer du tort. Le souci de propreté excessive est aussi une agressivité retournée contre soi : ainsi, on s’en prend à la poussière ou à son « moi-peau » plutôt qu’à la personne qui nous a mises en colère. À défaut d’avoir su dire « non », on nettoie, on efface, on se venge sur le carrelage, sur ses ongles. La surenchère de propreté et la quête de perfection cachent une confiance en soi mise à mal.

 

1. Auteur de la Pulsion, c’est plus fort que moi… (éd. Eyrolles).
 2. Auteur des Rituels de l’angoisse (éd. Larousse). 
3. Association française de thérapie comportementale et cognitive.

 

Retrouvez la suite de notre dossier juste ici.

 

(Illustration : Élodie, colagene.com)