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10:0009/08/2014MOOD

De l'avenir de la chimie verte

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Réflexion sur l'après-pétrole, Grenelle de l'environnement, pression des consommateurs... La transition vers une chimie issue exclusivement du végétal, ce serait maintenant ? Par Charlène Favry.

 
 

Peu onéreuse, stable et facile à formuler, la pétrochimie est à la base de la plupart des produits de grande consommation, cosmétiques compris. Mais la donne a changé. "Il y a une demande du public et aussi un juste retour des choses, explique Alain Milius, directeur scientifique de Seppic, un fabricant de matières premières. La cosmétique est née du végétal mais juste après la Seconde Guerre Mondiale, la chimie des hydrocarbures l'a supplantée. Le pétrole bon marché abondait : on pouvait à peu près tout fabriquer avec, dont des produits d'hygiène et de soin efficaces et bien tolérés. Aujourd'hui, il se raréfie et les préoccupations changent."

 

Objectif 15%

Vu le contexte, les marques lorgnent donc désormais vers l'alternative "chimie du végétal" qui exploite des matières premières renouvelables et non fossiles, tout en cherchant un meilleur rendement énergétique. L'or vert peut-il définitivement supplanter l'or noir ? En attendant, les industriels qui avaient pris part aux débats du Grenelle de l'environnement se sont engagés à faire entrer dans leurs compositions un minimum de 15% de ces matières premières renouvelables à l'horizon 2017. "Pour atteindre cet objectif, il faut valoriser la plante dans son intégralité en utilisant les sous-produits écartés du circuit alimentaire, souligne Alain Milius. En cosmétique, cela peut être des grains de blé, mais aussi de la paille et du son, dont on extrait des sucres qui eux-mêmes serviront à fabriquer des tensioactifs." 

 

Question de compétitivité

L'enjeu ? Obtenir un ingrédient de qualité égale ou supérieure à son équivalent pétrochimique et, évidemment, rester compétitif côté prix pour que la 'bascule" soit intéressante. "Si les produits issus de la chimie verte demeurent plus chers, leur développement sera limité. Pour le moment, les freins sont surtout technologiques : on n'a pas encore tous les outils, procédés et savoir-faire nécessaires. Mais la filière progresse très vite", conclut Alain Milius.

 

 

Des ingrédients d'avenir

L'huile de ricin et le bois. Deux ingrédients archi connus qui pourraient bien être amenés à jouer un rôle majeur dans la cosmétique de demain.

La fin de l'huile de palme ? Cet ingrédient d'origine végétale, omniprésent dans les cosmétiques est en effet très controversé du fait de la culture intensive des palmiers en Asie du Sud-Est, au détriment de la forêt primaire. Certains labos misent donc sur l'huile de ricin. Non alimentaire, elle a des propriétés équivalentes, voire meilleures, surtout dans les produits nourrissants pour le corps ou les cheveux.

Quant au bois, il représente le nouvel axe de recherche de Seppic, ou plus précisément ses dérivés hydrophiles. L'industriel planche sur des tensioactifs extraits des sous-produits de la pâte à papier, une ressource renouvelable et disponible à foison qui permettrait, de surcroit, de limiter le "gâchis" dans l'industrie papetière.

 

 
(Photo: Martin Rusch)