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08:2714/10/2012

Rencontre avec Elisabeth de Feydeau, auteur de "L'herbier de Marie-Antoinette"

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Bien plus qu’un herbier pour férus de botanique, cet ouvrage illustré se veut une promenade dans les jardins du Petit-Trianon en compagnie de Marie-Antoinette et de son fidèle parfumeur Jean-Louis Fargeon. Une plongée passionnante dans la fin du 18e siècle, qui vit éclore un raffinement cosmétique inégalé.


Historienne spécialiste du parfum et des odeurs, Elisabeth de Feydeau livrait en 2005 une biographie passionnante du Maître Gantier parfumeur attitré de la reine, Jean-Louis Fargeon. Quelques années plus tard, elle invite à une nouvelle lecture des dernières années de la souveraine controversée. Au détour des allées des jardins du Petit-Trianon, c’est tout l’esprit naturaliste de la fin des Lumières qui affleure : passion pour la découverte de nouvelles plantes, retour à la nature, élégance champêtre débarrassée des lourdeurs de la Cour… Rencontre.

Pourquoi avoir choisi la forme d’un herbier ? Je ne suis pas botaniste mais les informations collectées sur ces jardins investis par Marie-Antoinette attisaient ma curiosité. Elle y a passé beaucoup de temps, s’est énormément impliquée dans les divers travaux et aménagement. J’avais envie de savoir ce que cachait cette passion soudaine pour la botanique, mais également ce goût pour les pommades parfumées aux essences de fleurs qu’elle commandait à Fargeon. Au 18e siècle, le jardin prend une place à part : plus qu’un ornement, il devient un espace à soi, un vrai prolongement de l’âme et de ses tourments. J’ai donc privilégié une approche romanesque où chaque descriptif de plante est ponctué d’anecdotes de cour ou de recettes d’onguents fabriqués selon les envies la reine. C’est aussi une façon de raconter la petite histoire pour éclairer la grande.

D’où venait cette passion de la reine pour la botanique ? L’époque s’y prête : le siècle des Lumières se passionne pour la botanique et rétablit un ancrage fort avec la nature. Les jardiniers sont très respectés et partout dans le monde des aventuriers sont chargés de rapporter de nouvelles espèces de fleurs et de fruits. Il y a une réelle émulation intellectuelle et scientifique autour des plantes et leur utilisation quotidienne, pour se soigner ou s’embellir. Mais avant tout, on sent chez Marie-Antoinette un véritable gouffre émotionnel, un besoin d’être consolée: c’est une femme mélancolique, arrachée trop tôt à son enfance choyée en Autriche. Elle rêvait sûrement d’un autre destin. Ce réconfort, elle le trouve dans son refuge du Petit-Trianon et auprès des fleurs, que sa mère affectionne tout comme elle.

Comment a été perçu cet isolement? Dans ses jardins, elle recréé un écrin d’enfance rassurant et recherche un bonheur simple, en organisant par exemple des pique-nique champêtres où l’on boit du lait frais en mangeant des fraises. Pendant ce temps-là, Versailles s’impatiente et peste contre ces «lubies». J’aime assez cette lecture contemporaine de la personnalité de la reine, qu’on a pu entrevoir récemment au cinéma chez Sofia Coppola ou Benoît Jacquot : Marie-Antoinette n’est pas qu’une reine capricieuse et déconnectée du monde réel, c’est avant tout une femme qui cherche à vaincre ses démons, à être heureuse.

Finalement, était-elle une beauty-addict ? Complètement. Au contact de son parfumeur dévoué, Jean-Louis Fargeon, elle se découvre une passion pour les parfums, les toniques fortifiants et les pommades élaborées à partir de ses fleurs favorites: la rose, le jasmin, la tubéreuse, l’œillet, l’iris, la fleur d’oranger… Elle en consomme énormément, reçoit les fournisseurs elle-même sans forcément passer par sa dame d’atour. La reine veut connaître les tendances du moment et adore glaner des conseils de beauté auprès des comédiennes de théâtre. Ce qui est frappant, c’est son côté précurseur. En mode, elle s’affranchit des diktats de la cour et lance la tendance champêtre venue d’Angleterre : robes de coton légères, cheveux à l’air libre, capeline. Fait rare à l’époque, c’est une beauté naturelle : elle a une très belle peau, et plutôt que de se farder lourdement comme ses contemporaines, elle préfère que Fargeon lui prépare des pommades de soin traitantes ou éclaircissantes, à base de lis blanc notamment. Elle aime aussi soigner ses cheveux avec une pommade fortifiante  parfumée au jasmin. Autre geste follement élégant : elle ne sort jamais sans ses gants préalablement parfumés aux œillets. La fin 18e siècle a consacré l’excellence cosmétique à la française, romantique et de bon goût ; Marie-Antoinette en a été à la fois la muse et l’égérie.

L’herbier de Marie-Antoinette, d’Elisabeth de Feydeau sous la direction d’Alain Baraton, aux éditions Flammarion, 256 pages, 35€.

Charlène Favry