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13:0007/06/2012

Rencontre avec Maryse Vaillant, auteur de "Sexy soit-elle"

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Être féminine, c’est être sexy… et rien d’autre ? Dans son dernier livre, la psychologue clinicienne Maryse Vaillant invite au débat en interrogeant la notion de féminité, et plus largement la place des femmes dans la société. Car, pour elle, rien n’est acquis : au contraire, elle s’inquiète d’un retour en arrière.


Maryse Vaillant a tout d’abord été éducatrice avant de se consacrer à ­l’écriture. Auteur de nombreux ouvrages sur l’adolescence, les relations mères-filles, la « sororité » ou encore le couple, elle a choisi pour ce nouvel opus de revenir sur le dénominateur commun de ses travaux passés : la femme et sa place dans la société. Celle qui se définit comme une féministe qui a « depuis longtemps remis son soutien-gorge » s’étonne qu’aujourd’hui la représentation de la féminité soit réduite, galvaudée, au risque d’entraîner un véritable brouillage identitaire pour les générations à venir. Rencontre.

Vous expliquez que votre féminisme n’est plus ce qu’il était, et que vous en êtes fière… Que voulez-vous dire ? Les femmes de ma génération, dont je dresse des portraits dans la première partie de mon livre, ont vécu des bouleversements sociaux énormes : libération de la femme, explosion des modèles familiaux… Combatif, agressif, extrême, ce féminisme-là attisait la guerre des genres et, fort heureusement, il a évolué. Il y a eu une sorte de réconciliation : avec le couple, la famille, les conventions sociales. J’en suis fière, car cela m’a permis de réfléchir à la féminité ­autrement, plus librement.

Pourquoi ce livre, et surtout pourquoi maintenant ? Le déclic a eu lieu quand j’ai vu une, puis deux, puis trois émissions de télévision sur le phénomène des « minimiss ». On parle beaucoup de l’hypersexualisation des petites filles, qui personnellement me terrifie, mais on n’ose pas encore creuser vraiment le sujet, s’interroger sur sa genèse. On blâme vaguement la société de consommation, le règne de l’image. Mais il y a autre chose. Comment en est-on arrivé à cette féminité préconçue, en kit, tellement trompeuse et surtout extrêmement prématurée ? Mon but n’était pas de faire une étude détaillée sur ce phénomène, je voulais
mettre cela en perspective face à un vécu personnel. Résultat : ça a réveillé en moi un sentiment d’échec.

Un échec du féminisme ? Mon hypothèse est qu’il y a eu un échec de transmission. Les femmes qui ont milité, qui se sont battues, ont voulu épargner à leurs filles les ­contraintes, les difficultés endurées par les générations précédentes. En misant sur le plaisir et sur la complicité, on a probablement oublié de transmettre la notion de combat. Par ailleurs, j’ai le sentiment que le fol espoir né à la fin des années soixante s’est retourné contre la femme : en acquérant la liberté (d’être mère, de travailler, de divorcer), elle s’est épanouie en tant qu’individu, mais elle est aussi devenue, plus que jamais, un objet de désir.

C’est ce que vous appelez le prix de la conquête ? Oui, cette conquête de liberté et de plaisir a un prix, un effet retors : qui dit objet de désir dit séduction. Séduire pour qui, pour quoi ? C’est à partir de là que la notion de féminité a été brouillée, réduite à la seule idée d’être ou ne pas être désirable. Et ce diktat s’est imposé peu à peu, nous l’avons intégré, et les jeunes filles d’aujourd’hui encore plus. Attention, je ne dis en aucun cas qu’il ne faut pas être sexy, je dis juste que réduire la féminité à un potentiel de séduction est un terrible retour en arrière.

Vous aspirez donc à une autre féminité ? On devrait être féminine d’abord pour soi, pour asseoir sa liberté et sa particularité, puis éventuellement pour les autres si on le souhaite. Je pense que, pour diverses raisons, l’idée même de la féminité manque de corps, de substance, de modèles aussi, et que c’est dangereux pour les futures générations. Nous avons besoin d’une féminité qui ne segmente pas, qui ne crée pas de frustration, qui s’adresse à toutes les femmes dans leur diversité. Et ça passe par un regain de communication, de transmission, et aussi de vigilance.


Sexy soit-elle de Maryse Vaillant (éd. Les Liens qui libèrent), 157 pages, 15,50 €.

Charlène Favry