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12:3127/12/2010MOOD

Le Bhoutan, un royaume dans l'Himalaya

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Par Dominique Lionnet

Aux confins de l'Inde et du Tibet, dans l'Himalaya oriental, se cache le Bouthan, un petit pays aux sommets vertigineux, aux forêts bleues, aux vallées dormantes. "L'air y est pur, l'architecture grandiose, la religion passionnante, l'art magnifique".* Un lieu de treks et de retraites vu d'Uma Paro, l'un des derniers fleurons des Como Hotels and Resort.

*Extrait du guide du Bhoutan de Françoise Pommaret (éd. Olizane).

Dheli, 10 heures 30. L’aéroport est noir de monde, le niveau sonore assourdissant et l’agitation à son comble. Trouver la salle d’embarquement du vol Druk Air, la seule compagnie à desservir le Bhoutan relève du jeu de piste. Pas de panneaux géants et de voies royales comme pour les grandes connexions internationales mais des couloirs interminables et plusieurs volées  d’escaliers avant que ne s’affiche l’inscription magique « Paro, Bhoutan, embarquement 11 h 30 ». Discrète signalétique à l’image de ce pays niché dans l’Himalaya oriental aux confins de l’Inde et du Tibet, encore méconnu car partiellement ouvert au tourisme depuis peu et sous conditions précises : ne pas voyager seul ou être invité par le gouvernement ou bien intégrer un tour- opérateur depuis l’Europe qui demandera pour vous un visa. À cela s’ajoute une taxe à la journée assez élevée d’environ 220 dollars pour les frais d’hôtel, transport, repas, guide, etc. Pas de misanthropie dans cette démarche mais le souci de préserver l’environnement naturel et le mode de vie des autochtones.

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L'Everest au bout des ailes

Plus petit que la Suisse, peu peuplé (à peine 650 000 habitants), ce royaume himalayen haut perché (altitude moyenne de 2 300 mètres mais pouvant atteindre 5 400 m), à plus de quatre-vingt-dix pour cent bouddhiste, est régi par un monarque bienveillant.
Les Bhoutanais, dans leur grande majorité, travaillent la terre et pratiquent l’élevage, portant fièrement le costume traditionnel et respectant avec simplicité leurs coutumes. Peu inquiétés par leurs turbulents voisins indiens et chinois et portés par une puissante monarchie, ils vénèrent leut roi, sa majesté Jigme Singye Wangchuck. L’accès depuis 1999 à la télévision et Internet leur a donné l’amour du foot et quelques jeans et paires de baskets ont fait leur apparition, plébiscités surtout chez les jeunes. Mais dans ce pays où les montagnes et les forêts sont plus nombreuses que les routes, où les monastères (ou dzongs) sont partout suspendus aux falaises, où les moines se mêlent aux habitants, un sentiment de pureté domine. D’ailleurs ici, on ne parle pas de PIB mais de PNB, « Bonheur National Brut ». C’est une destination prisée par les happy few, quelques amoureux des grands espaces, à la recherche de calme et de spiritualité, une destination que l’on voudrait garder secrète de peur qu’elle ne pâtisse d’un engouement trop vif, un lieu à part que chaque visiteur se doit de respecter.

Midi, l’avion de Druk Air prend son envol. Très vite le pilote signale les premiers sommets de la chaîne himalayenne. Par temps clair, le spectacle est impressionnant, sur fond bleu azur se découpent les arêtes neigeuses du Cho Oyu (8 153 m), du Lhotse (8 516 m), de l’Everest (8 516 m)… À l’aller, il faut être assis côté hublot, dans les rangées de gauche, et au retour, à droite  pour profiter pleinement de cette vue exceptionnelle. Après une heure trente de vol, l’avion amorce sa descente, la carlingue tressaute en trouant la masse cotonneuse de nuages très blancs, il semble s’immobiliser dans les airs tel un planeur. Se frayant un passage entre deux reliefs montagneux, l’appareil trace sa route dans ce goulot vert, le faîte des arbres au bout des ailes. Et c’est l’atterrissage. Seuls, dix pilotes chevronnés sont capables de réussir cette prouesse, et à cet instant l’émotion des voyageurs est palpable. Par temps couvert, les avions restent au sol… Sur le tarmac des hommes en costumes traditionnels semblent évoluer selon les rites d’une chorégraphie ancienne, l’air est pur, transparent, la température fraîche et les formalités de douane bienveillantes et rapides. Nous sommes dans la riche vallée de Paro, située à l’ouest à une cinquantaine de kilomètres de la capitale Thimphu, vallée pourvoyeuse de riz l’été, de blé l’hiver et couverte de vergers à la production généreuse. C’est aussi un région culturelle avec deux des plus anciens temples bouddhiques du pays Kyichu et Taktsang.

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A la découverte d'Uma Paro

La voiture file sur une route étroite aux accotements accidentés sur lesquels paissent placidement les yacks des fermes avoisinantes. Tout autour, des rizières et des hameaux isolés, un torrent bordé de saules au feuillage léger, des maisons aux murs de bois décorés de motifs floraux peints à la main, des paysans labourant leurs champs, des femmes dans leur kira (étoffe s’enroulant autour du corps, nouée aux épaules par deux fibules d’argent et serrée à la taille par une large ceinture) de couleurs vives récoltant le riz. Une vision au charme bucolique, hors du temps. Puis la route en lacets serrés part à l’assaut d’une colline, destination Uma Paro, un des derniers fleurons des Como Hotels and Resorts. 

Uma, en bahasa (langue indonésienne), se traduit par « la maison qui vit » et c’est la philosophie développée par les Como Hotels et Resorts à travers le monde. Installés dans des lieux préservés, leur but est de se fondre à la culture et aux coutumes locales, tant sur le plan culturel que religieux, environnemental qu’architectural, incluant jusqu’à l’art culinaire dans le souci d’une intégration totale et harmonieuse. Leur centre de bien-être s’oriente plutôt vers un concept de santé Como Shambhala (« paix », en sanskrit) où sont proposés des retraites spirituelles, des traitements qui vont du yoga au shiatsu, des programmes ayurvédiques, des cures de détox, des soins aux plantes récoltées sur place s’inspirant d’une pharmacopée ancestrale. Un parcours ciblé pour se décharger du stress, de la fatigue, des pollutions citadines dans la plus pure des démarches holistiques.

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Entre montagnes et vallée

Surplombant la vallée de Paro, les vergers, ainsi que de larges espaces verts plantés d’azalées, de rhododendrons et de camélias, l’hôtel Uma, ancienne demeure d’un noble du royaume, veille sur un domaine de trente-huit hectares. Vingt chambres et neuf villas, décorés par des artisans bhoutanais, font la part belle au bois noirci par la fumée des bukhari (poêles de bois traditionnels qui réchauffent chaque maison), à la pierre, aux fleurs dessinées et sculptées sur les murs et les fenêtres. Les tuiles qui recouvrent les toits sont faites à la main et des pierres jetées dessus en un ballet étrange semblent les empêcher de s’envoler. Tapis en points noués venus du Népal et couvre-lit en coton indien naturel brodé de motifs rendent hommage à la culture bouddhiste et aux couleurs du Bhoutan à dominante de bleu, jaune, vert et rouge. La plupart des chambres ont une vue époustouflante sur les montagnes et la forêt de pins, d’autres ont pour horizon la vallée de Paro.

Dans la demeure principale, de larges portraits du roi et de la reine ornent les murs de la réception. La bibliothèque, le lobby, puis en contrebas le studio de yoga et les salles de soins s’ouvrent sur une cour intérieure. Au milieu, un brasero réchauffera le soir une table d’hôte dressée sous les étoiles. À deux volées d’escalier la vue sur les toits de bardeaux du bâtiment et, plus loin, sur la forêt de pins bleus est singulièrement apaisante.

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Retraites et treks

Premier soir à Uma Paro. Le temps se déroule autrement. Décalage horaire, fatigue du voyage semblent oubliés, effacés par les quelques heures passées en terre himalayenne.

La nuit va tomber et dans le rougeoiement des braises dans les poêles, la lumière déclinante au-dehors, à travers les vitres paraît plus froide, éclats de métal sur la pierre blanche. Avec ses vastes canapés immaculés, ses bancs de bois noirci, ses fauteuils traditionnels sculptés et son indispensable bukhari, la salle de repos de l’espace bien-être dispense dans une douce pénombre calme et harmonie. C’est le moment de rencontrer Mary Baker, grande yogi et prêtresse des lieux, pour établir un programme de soins pour les quatre jours à venir. Son espace ? Elle le souhaite « naturel, rassurant, énergisant, équilibrant ». Ce sont ces mots-là qui prendront tout leur sens à l’heure de quitter ce pays si attachant.

Après un échange pour évaluer mon degré d’aptitude à l’effort, des questions sur mon état de santé, maladies, allergies, contre-indications, mais aussi mes souhaits et mes envies, elle me délivre mon précieux passeport de retraite. Du gentle yoga tous les matins, de la méditation et du pranayama (recherche du souffle) au coucher du soleil, une réflexologie, un rituel ayurvédique, un bain traditionnel bhoutanais, un deep tissu et un hot stone massage (de l’énergie à haute dose)… Sont inclus dans ce programme des balades dans la forêt, un trekking de cinq heures en montagne pour découvrir le Tiger’s Nest, huit petits temples parmi les plus anciens accrochés à une altitude de 3 800 mètres, la visite de monastères, de Thimpu, la capitale, et même un pique-nique le long de la rivière gelée (voir encadré).

Pour l’heure, un dîner m’attend au Bukhari, le pavillon circulaire avec vue  à 360° sur la forêt. Aux fourneaux, une chef australienne, Anna Rossel, revisite les traditions culinaires du Bhoutan avec les  incontournables et délicieux paa de sicum (boulettes de porc aux choux et aux piments), bathup (potage de nouilles au tofu) ou encore ngakhachung dhang (asperges sautées au poivre du Sichuan). Deux autres menus déclinent cuisines régionales et spécialités indiennes avec une mention spéciale pour le doi de misthi (lait caillé sucré doux comme une crème brûlée). Les produits naturels sont cultivés sur place, les champignons sauvages, le riz rouge viennent de Paro, le miel remplace les sucres traités, le lait de noix, le lait de vache… Cette cuisine saine et quelque peu roborative ravit les randonneurs qui, au retour d’une journée de marche intense, ont besoin de se reconstituer. Pour les moins affamés, des plats cuits au tandoor (four à bois indien) et des poissons au churu (une algue de rivière) raviront les petits appétits.

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Happenings holistiques

7 heures, les grandes baies vitrée qui courent sur toute la longueur du  Pavillon Yoga, ouvert sur la vallée, font entrer l’air revivifiant des montagnes. Mary m’attend. Le sol, recouvert de bois blond, accueille tapis, couverture et autres accessoires nécessaires à la séance de gentle yoga. Marie est une adepte du hata yoga, centré sur la conscience mental du souffle. Les postures se succèdent, les articulations des néophytes souffrent, la souplesse est mise à rude épreuve. Le corps et l’esprit s’acheminent vers une réconciliation, la respiration s’intériorise. Mary intervient, corrigeant une mauvaise  position, tirant une jambe plus en arrière, redressant un dos bancal, et devant une mine crispée par l’effort et navrée du spectacle entrevu dans les glaces qui jalonnent les murs du studio, demande un sourire. Son humour vient à point pour que le travail reprenne sereinement. Dans ce cours matinal, se retrouvent bien sûr débutants et confirmés, à la fin de la retraite, tous et toutes en sortiront apaisés, grandis quel que soit leur niveau.

L’équipe qui entoure Mary est cosmopolite : bhoutanaise, balinaise ou encore  maldivienne. Hugyen, Dechen, Studiana, Sonam et Khandu sont toutes et tous des praticiens confirmés qui interprètent avec force et conviction, les traitements spécifiques du corps, les massages faciaux, les techniques indiennes. Aurait-on déjà en d’autres lieux, expérimenté certaines propositions de la carte du spa Shambhala, le ressenti sera différent.

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Pour preuve, le stretching aux pierres chaudes, un exercice « hautement périlleux ». Surprise : ma masseuse est un masseur, type bûcheron des hautes forêts. En fait, Khandu est balinais et il a fait longtemps partie de la dream team de la styliste Donna Karan. Un must quand on connaît l’exigence de la dame. Allongée, des pierres brûlantes posées sur le parcours des méridiens, puis frottées énergiquement sur les lieux de tension, les mains de Khandu, pétrissent, frappent, lissent, sollicitent les muscles dans un ballet incroyablement vif. Puis le corps est étiré dans tous les sens. La sensation est extrême, les membres semblent sortir de leurs attaches et l’on se surprend à penser qu’un tel déséquilibre pourrait nous jeter hors de la table. Bien sûr il n’en est rien. Ce happening se clôt par la pose de minuscules pierres chaudes sur le front, le menton, les ailes du nez, suivie d’un massage aérien à l’huile de rose. Le temps est aboli. Quand on se relève, une souplesse jamais atteinte semble régir tous nos gestes.

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Autre expérience, l’Indian head massage, cette fois avec Dechen, une jeune bhoutanaise aux doigts magiques. Assise dans un fauteuil, le corps dénudé jusqu’aux seins, les pieds bien posés sur le sol, le divin massage peut commencer. Mais là, ô surprise, Dechen va d’abord chercher à éliminer toxines et tensions. Son lieu de prédilection, le haut du dos. Enfonçant ses pouces en des points précis, elle traque ce qui résiste, ce qui fait mal. Elle suit le trajet de la douleur, qu’elle apaise, puis le quitte, revient jusqu’à ce que le plaisir de ne plus ressentir aucun mal s’impose. La trêve se poursuit par un malaxage en règle du cuir chevelu. Elle roule entre ses doigts, la peau du crâne (sans tirer les cheveux, tout un art …) puis effectue des points d’acupression sur les tempes, les ailes du nez, la face interne des oreilles et le menton. Là non plus, le temps passé ne semble pas avoir de d’importance. C’est sur un nuage que vous quittez la cabine avec une furieuse envie de dormir. Projet réalisé quelques minutes plus tard avec une certaine béatitude.

Est-ce l’air si pur, le yoga du matin ou la méditation au soleil couchant, les mains expertes du spa Shambhala, les découvertes de monastères accrochés à flanc de coteaux, est ce le rouge des rhododendrons en pleine floraison qui fait penser que la montagne est en feu, la gentillesse des habitants,  l’architecture impressionnante, l’altitude, les vallées dormantes, la forêt bleue, l’accueil chaleureux des gens d’Uma Paro… qui font de ce minuscule pays de l’Himalaya oriental, un lieu unique, plein de charme et de simplicité, un lieu de réflexion dont on revient plus calme, plus sage, plus simple. Différent. Avec l’envie d’y revenir un jour. 

EN PRATIQUE

Y aller. Voyageurs du monde propose un forfait trois nuits à Uma Paro, en chambre double, à partir de 4 500 euros par personne, au départ de Delhi, incluant le vol Delhi-Paro, aller et retour ,sur Druk Air en classe éco, le visa bhoutanais et les taxes gouvernementales (obligatoires).
• Renseignements et réservations :
Voyageurs en Inde, tél. 01 42 86 16 90 et sur www.vdm.com.

 

À NE PAS MANQUER

Le Bhoutan est un pays bouddhiste aux très nombreux monastères et monuments commémoratifs (les chortens). Des drapeaux et moulins à prières jalonnent le paysage.
• À voir.
Rinpung Dzong, pour le travail du bois sur sa tour centrale ; le temple de Dungtsé pour ses peintures ; Drukgyel, pour apercevoir le sommet de Jomolhari (7 316 m) ; le marché aux légumes de Thimphu ; les compétitions de tir à l’arc.
• À faire.
De Paro à Tsento, suivre le cours de la rivière glacée et pique-niquer aux alentours de Kyichu ; boire du masala chai brûlant (breuvage sucré lacté) à l’heure du thé à Uma Paro ; prendre un bain aux pierres chaudes, un rituel bhoutanais divin dans une eau parsemée de fleurs sauvages au Como Shambhala ; bien se couvrir lors des treks en montagne et ne pas oublier son écran total.

Commentaires

Bonjour, c'est vrai que ça fait envie mais ce n'est pas à la portée de tout le monde.

Écrit par : CORINNE | 12/01/2011

C'est vrai que ce pays est absolument magnifique.
Pour peu qu'on s'en donne les moyens, il recèle de nombreuses merveilles !

Écrit par : Eric | 02/05/2011